[Récit]La leçon

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[Récit]La leçon

Message  Atia le Sam 17 Mai 2014 - 22:45

La leçon

Prologue


Son Altesse la Princesse Almeda Eirwen de Lud Caerwyn, Reine légitime, de son propre avis (qui est loin d’être partagé) de Lune-d'Argent et héritière du duché de Lud Caerwyn (que nul ne lui conteste) vivait depuis un peu moins d’une semaine dans le manoir Silverswell. Elle s’était réfugiée dans cette bâtisse depuis qu’elle fut l’objet d’une odieuse attaque contre sa personne. Les assaillants avaient massacré ses suivantes à l’exception d’une seule et avaient tenté de lui dérober son médaillon bien-aimé. Les Fils de Quel’thalas l’avaient sauvé et depuis la Légat l'hébergait. Elle fut dans un premier temps contrariée connaissant la réputation des Silverswell, riche, arrogant, machiavélique et même pas noble, juste d’infâmes bourgeois! L’idée de vivre parmi ces gens qui n’étaient même pas de haute naissance l’avait quelque peu contrarié, mais de jour en jour, elle ravisa son jugement. Elle découvrit le raffinement de la bâtisse, mais aussi des habitants, collectionneurs d’art, mécènes, polis, bien éduqués. Elle devait bien ravisé son jugement, les bourgeois n’étaient visiblement pas tous des gens frustre aux doigts crochus, obsédés par l’argent, chiches et avides de la moindre économie, complotant en secret pour détruire la noblesse.

Ce matin-là, elle paraissait paisiblement dans la grande serre zoologique du manoir. Des plantes diverses et variées ornaient cette grande verrière, divisée en plusieurs étages, avec quelques animaux de-ci de-là, qui s’égaillait dans cet éden artificiel. À ses côtés se tenaient ces deux nouveaux chevaliers miniatures. Il ne s'agissait rien moins que Luciano Silverswell, fils d’Atia Silverswell, Légat des Fils de Quel’thalas et matriarche des Silverswell, et d’Éva Reddart, fille de Deliah Reddart, cousine d’Atia et codirigeante de la maison. Les deux enfants, surtout le fils, s’étaient pris d’intérêt pour la princesse. Luciano avait proposé ses services de premier champion à Son Altesse, celles-ci avaient alors poliment refusé, évoquant le jeune âge du garçon qui n’avait que 7 ans. Mais le jeune elfe n’était pas du genre à renoncer si facilement et, sans se démonter, il affirma qu’elle regretterait un jour d’avoir refusé de prendre tôt celui qui serait un jour le meilleur conseiller et champion du monde et qu’il risquait de trouver une autre dame à servir d’ici la. La Princesse fut si surprise que finalement elle accepta, comprenant que de toute façon ceci était surtout un jeu. Eva avait suivi peu après.

Almeda s’échappa de ses souvenirs pour revenir à la scène, car outre ses chevaliers et le parc, se tenait devant elle, Sybile Cwes Wyloir, servante dévouée et docile de la Légat. La jeune demi-elfe était agenouillée devant la princesse et lui massait doucement les pieds avec attention et un certain talent, il fallait bien l’avouer. Elle se prélassa ainsi depuis l’aube quand soudain tout le monde sembla se crisper. Almeda se retourna et sursauta légèrement en voyant Atia qui la toisait avec son air froid habituel. Elle cligna des yeux à plusieurs reprises avant de récupérer sa mine fière.

“Que puis-je pour vous Légat? Comme vous le voyez, je suis fort occupée.
- J’ai besoin de vous voir Altesse, en privé dans mon bureau. Nous avons à parler.
- Je regrette, comme je l’ai dit, je suis occupée, lâcha la princesse en refermant les yeux. Après peut-être.
- Et bien l’occupation est terminée altesse, annonça Atia. Sybile, laisse-nous, les enfants dans vos chambres, immédiatement!”

Sybile et les enfants s’exécutèrent laissant la Princesse seule et surprise. La jeune elfe croisa les bras en affichant une mine furibonde, regardant la Légat. Comment cette bourgeoise osait ainsi arracher une personne de haute naissance comme elle de sa distraction? Elle maugréa et lâcha :

“Comment osez-vous?!
- Je suis chez moi, j’ose ce que je veux. Suivez-moi, nous avons des choses à nous dire.
- Mais! s’insurgea la princesse prise de cours.
- Aucune protestation ne sera tolérée, venez.”

Le regard de la Légat fut sans équivoque et la princesse resta un moment interdite, elle n’avait guère l’habitude qu’on lui résiste ainsi et moins encore qu’on lui donne des ordres si sèchement. Elle fut prise entre l’envie de l’envie de hurler de rage ou de pleurer. Elle pinça les lèvres pour se retenir de dire quoi que ce soit devenant rouges de colère.

“Princesse, d’il vous plait, venez. C’est important et cela vous concerne et concerne votre avenir. Je ne doute pas que dans votre grande sagesse, vous savez l’importance des conseils et des avis concernant votre personne. Je me trompe?
- Non… Bien sûr que je suis sage… je sais tout ça… Je viens.”

La princesse se décida enfin à se relever et enfila ses petites bottines avant de suivre son hôte. Elles avancèrent dans les couloirs jusqu’au bureau de la Légat, vaste pièce ronde au centre du manoir dont les murs étaient tapissés de bibliothèque avec entre chacune une somptueuse statue. Sur le seul mur droit de la pièce était accroché un grand tableau évoquant les quais et les navires de la maison avec dessous un meuble en bois précieux rehaussé d’or blanc. Au plafond, la coupole était peinte de fresque relatant l’histoire des Silverswell et le sol était orné d’un tapis de velours rouge. Le bureau était vaste et rangé avec un soin maniaque. Le légat s’assit derrière et désigna un des fauteuils à la princesse qui s'assit dessus sans un mot.

“Je vous ai demandé de venir, car je veux vous aider.
- M’aider? Et en quoi? demanda Almeda avec un certain agacement, elle est de haute naissance, comment une roturière pourrait l’aider?
- Vous aidez oui. Dis calmement Atia. Je vais être directe, vous n’aurez jamais le trône, je me d…
- Comment osez-vous!? s’insurgea Almeda. Je suis la Princesse légitime je…
- Cessez de faire l’enfant! et écoutez pour une fois! rugit Atia avec un regard à nouveau équivoque qui surprit et pétrifia la jeune noble. La seule chose que vous pouvez prétendre c’est votre duché, rien de plus. La Régence ne vous donnera pas le pouvoir, ils y sont trop attachés et clairement vous ne portez pas le bon patronyme. Et encore, vu les agissements du Prince je crois que la monarchie thalassienne est définitivement enterrée. Légitimes ou non, ils ne vous céderont pas les rennes du pays.
- J’objecte, tous ces nobles qui venaient à ma cour…
- ...Sont des parasites poussés par la curiosité, l’interrompit la Légat. Vous êtes une curiosité pour beaucoup, une distraction et ils vous lâcheront dès que vous les aurez lassé ou n’aurez plus d’intérêt à vous suivre. Combien sont venus vous voir depuis l’attaque, hum?
- Aucun… Admit Almeda dans un murmure.
- Vous voyez? Ils ont compris qu’être à vos côtés devenait dangereux alors ils ont fui votre compagnie. Vos seuls soutiens dans la noblesse à présent seront ceux qui veulent vous utiliser, car la Régence n’est pas noble et ne la favorise pas, certains rêvent du retour au “bon vieux temps”. Ceux-là chercheront à vous utiliser.
- Et vous? demanda Almeda, la mine basse. Que cherchez-vous?
- Un investissement, un pari sur l’avenir.
- Comment cela? demanda la princesse avec un étonnement certain.
- Je vais vous rendre un service aujourd’hui et un jour, mais ce jour n’arrivera peut-être pas, je ferais appel à vous pour que vous me rendiez service à votre tour.
- Quel service voulez-vous me rendre? Almeda se montrait de plus en plus méfiante.
- Vous sauver la vie en est déjà un, mais ce serait un bien piètre investissement si je vous laissais dans le ruisseau ensuite. Je vous vous aider donc, avec éventuellement quelques ressources financières, mais surtout en vous donnant les clefs du succès. Vous avez déjà une éducation noble, vous avez la prestance, l’étiquette, l’éloquence, les bases de magie, le sens du spectacle et de l’organisation. Ceci va vous servir, je vais compléter cela avec une base plus factuelle et pragmatique, ainsi vous serez armée pour faire face au monde réel. À présent, écoutez.”

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Re: [Récit]La leçon

Message  Atia le Jeu 29 Mai 2014 - 12:17

Chapitre 1 : Les illusions


Almeda triturait une mèche de ses long et soyeux cheveux dorés, la tête basse semblant troublée par tout ce qu’elle avait entendu. Était-il possible que sa quête de pouvoir fût réellement vaine? L’adolescente était contrariée, mais n’osait plus rien dire de peur d’entendre une autre vérité inavouable. La légat n’avait pas tord, mais l’orgueil de la Princesse la tiraillait et son ego rugissait au fond d’elle. Elle avait attendu tant d’années, vécu entre les murs de la propriété de ses parents à Hurlevent à les entendre lui explique son futur rôle, son héritage, sa grandeur. Tant d’année à espérer et après leurs morts durant le cataclysme et l’attaque du grand dragon sur la ville, elle avait pris sa décision. Elle avait longuement préparé son voyage espérant trouver une nouvelle famille, un but à son existence. Le résultat fut loin d’être à la hauteur. Elle aimait ce pays, mais elle avait déjà essuyé trois attaqués et été sauvée trois fois par la Légat et ses hommes. Tout ne s’était pas exactement passé comme elle l’avait voulu, elle le savait bien, mais elle refusait de renoncer. Elle croyait encore à cette fable que ses regrettés parents lui avaient dit. “Quel’thalas attend le retour d’un souverain légitime et la nation t’accueillera les bras ouverts !” Ses parents étaient-ils des menteurs?

La Legat la regardait calmement, callée sur son siège, jambes croisées et mains jointes sur son ventre. Elle ignorait tout ce qui se passait dans la tête de son interlocutrice, mais lui laissait le temps nécessaire. Finalement, après quelques minutes de silence pour s’assurer que la jeune elfe digère les informations dites, elle reprit la parole.

“Connais-tu les trois principales raisons de toutes les guerres et de généralement tous les conflits?
- L’honneur, la justice et… le mal? se hasarda la princesse.
- Ceci ne sont que des prétextes. Les raisons, les vraies raisons, sont bien plus pragmatiques. Ce sont le pouvoir, la liberté et l’argent. As-tu une idée de tout ce que ces choses ont en commun?
- Bien entendu, mentit maladroitement la Princesse. Mais je ne voudrais pas vous couper dans votre exposé, expliquez donc, vous en mourrez d’envie.
- Ces choses n’existent pas Altesse, mais les maîtriser est paradoxalement ce qui permet a un dirigeant de gouverner.
- Bien sûr que si ça existe! Le pouvoir je l’ai de par ma naissance et comme je suis au pouvoir je suis libre de faire ce que je souhaite, car nul n’est au dessus de moi. Quant à l’argent, vous en avez plein, tout comme moi!
- Crois-tu ? Faisons un test.”

Atia fit tinter une clochette dorée déposée sur son bureau, conservant son calme olympien. Elle attendit quelques instants quand Sybile entra dans la pièce en s’inclinant Elle arborait sa jolie tenue de servante et se plaça au centre de la pièce, ses mains jointes sur son tablier, attendant les ordres.

“M’dame? vous m’avez demandé? Demanda timidement la jeune demi-elfe de sa voix fluette.
- Altesse, annonça Atia, montrez-moi votre pouvoir, donnez-lui un ordre.
- Soit, confirma la princesse en haussant les épaules. Sybile, ramenez-moi un jus de fraise, qu’il soit frais et citronné.
- Bien, m’dame, confirma Sybile en se retournant.
- Stop! ordonna alors Atia d’une voix ferme. Sybile, ne bouge pas et assied toi sur ce fauteuil.”

La servante se figea soudain et les regarda tout en se retournant, visiblement perdue. Les ordres contradictoires se percutait dans son esprit et elle hésita. Elle jeta un oeil aussi bien à sa Légat qu’a Sa Majesté, attendant une explication qui ne vint pas. Après une brève hésitation cependant, elle s’assit sur le fauteuil et rougie, un peu gênée par cette bien curieuse situation, elle ne voulait froisser personne..

“Et bien? Où est votre pouvoir Altesse? ricanna Atia.
- Mais… Sybile! Mon jus de fraise! Vite!”

La pauvre petite servante poussa un “iik” gêné, baissant la tête et relevant les épaules de crainte, comme se recroquevillant sur elle-même. Elle se tourna doucement vers Atia pour avoir son sentiment et une idée de ce qu’elle devait faire. La légat avec un petit sourire amusé lui fit non de la tête. La jeune demi-elfe soupira et ne bougea donc pas d’un cil, restant assise tout en évitant le regard d’Almeda. La princesse soupira.


“C’est de la triche, vous êtes sa maitresse…
-  Admettons. Tu peux nous laisser Sybile, annonça Atia à la servante qui ne demanda pas son reste. Ordonnez-moi alors, donnez-moi un ordre et voyons si j’obéis.
- À quoi bon, vous ne le ferez pas...
- Et pourquoi donc? Vous êtes ma souveraine légitime non? Donc, votre autorité devrait être supérieure et incontestable? Et d'ailleurs, sachant ceci, votre autorité sur Sybile devrait être supérieure à la mienne. Pourquoi n’a-t-elle pas écouté et pourquoi êtes-vous certaine que je ne vais pas obéir à votre ordre?
- Elle vous a choisi et vous ne voulez pas m’obéir… maugréa Almeda.
- Exactement, vous avez tout compris à cette petite démonstration : le pouvoir n’est qu’une question de choix. Nous choisissons d’obéir à une personne, son pouvoir n’est donc qu’une illusion, car il n’existe que par l’acceptation des autres. Si je vais donner un ordre a un inconnu dans la rue, il y a peu de chance qu’il m’écoute alors que si je donne le même ordre a une personne qui s’est engagée dans mon ordre, et donc a fait le choix de servir sous mon commandement, il écoutera. Cependant, cette acceptation est autant consciente qu’inconsciente. Une personne qui nait à Hurlevent obéira au roi, non pas qu’il en a fait le choix consciemment, mais, car on lui a appris à le faire et donc il l’a accepté inconsciemment ou par crainte des représailles.
- Vous voulez dire que tout ça est vain, que le pouvoir est une mauvaise chose? demanda Almeda avec un air bien peu convaincu.
- Non, la hiérarchie est nécessaire. Pour vivre en société sans s’écharper il faut un chef. Mais celui qui a conscience que ce n’est qu’un choix sera un bien meilleur chef, car il fera tout ce qu’il faut pour entretenir ce choix, il fera en sorte que son autorité aille de soit et que nul ne le conteste. Garrosh a cru que son pouvoir était naturel, illimité et incontestable, que tous devaient lui obéir sans poser de questions, qu’il était la Horde. Voilà le résultat. Il a fini rejeté, l’illusion s’est brisée et il a été détruit. C’est en ça qu’il était un mauvais chef, il n’a pas su fédérer les autres autour de lui, entretenir l’illusion.
- Je crois que je commence à comprendre… Le pouvoir n’est pas un dû, il se mérite. Même si on l’a de par sa naissance, il faut quand même prouver qu’on est la meilleure personne pour l’exercer. C’est ça ?
- Exactement Altesse, je savais que vous comprendriez vite, annonça Atia avec un sourire. Votre Majesté est aussi intelligente que je l’espérais voir plus.
- Je sais, je sais, répondit Almeda avec un sourire fier. Cela dit je savais déjà que j’étais brillante, cela va de soit. Et je savais aussi tout ce que vous m’avez dit, je voulais juste être certaine que vous saviez aussi. Hum ? Poursuivez donc, parlez-moi donc des autres illusions.
- Soit, s’amusa Atia. Et bien, il en va de même pour le reste, quelle liberté existe-t-il quand nos propres instincts nous contraignent à manger, boire, dormir, nous abriter, nous vêtir ? Quelle liberté quand nous appartenons à une nation ou un peuple dès notre naissance? Quand nous devons payer l’impôt, le loyer, l’armée et nous battre ou chasser ou cultiver pour vivre? La liberté n’est qu’une chimère pour rendre le peuple calme et docile, lui faire croire qu’il est libre l’empêche de se poser trop de questions. Quant à l’argent… “

Atia ouvrit un tiroir et sortit une lettre de change où étaient inscrits une somme de 100 écus puis un parchemin de note. Elle disposa les deux devant la princesse avec un sourire malicieux puis lui demanda:

“Lequel a le plus de valeur?
- La lettre de change bien sûr, annonça la princesse en levant les yeux au ciel.
- Et pourtant, ce ne sont que tous les deux du papier avec de l’encre. Ce qui lui donne de la valeur est une autre illusion collective. Nous avons accepté, choisie une fois de plus, l’idée d’une valeur, d’une échelle de mesure de la richesse et tout le monde s’y est pliés. C’est une invention pure des êtres civilisés. A l’état naturel, il n’existe aucune notion de mesure de la richesse ou de la valeur du travail par une échelle abstraite comme l’argent. La seule vraie différence entre une pièce et un bout de métal est juste la croyance que l’on a mise dedans.
- Je comprends... Oui, songea Almeda. Enfin, je veux dire, bien sûr que je suis d’accords, c’est évident, car je le savais déjà! Mais rien n’est vrai donc? Tout n’est que chimère ?
- Hekathi te répondrait que oui, mais je ne suis pas si naïve. Tout ceci existe, car nous croyons que cela existe, alors autant en profiter et l’exploiter au mieux. Il est plus facile de modeler à notre convenance une chose abstraite pour lui donner la forme qu’on veut qu’une montagne. Voila comment vous allez exploiter tout ceci, écoutez bien, Altesse.”

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