[récit] Le plan

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[récit] Le plan

Message  Krithias le Ven 23 Nov 2012 - 16:39


Partie 1 :

Les quelques vingtaines d'elfes tentaient en vain de barricader les entrées de la bâtisse assiégée de toute part sous un ciel noir orageux. Les monstres morts-vivants s’amassaient par centaines devant la grande porte en chêne orné d'une tête de lynx en or massif en son sommet, ils s'acharnaient sur elle, frappant avec une force inhumaine la structure en bois qui céderait forcément sous le poids de leurs coups. Cela n'était plus qu'une question de temps et elle le savait, elle l'avait même su avant tout les siens, mais ils ne l'avait jamais écouté et maintenant, ils couraient tous droit à leur perte.

Les vagues s’écrasaient violemment sur la falaise où elle se trouvait depuis des heures déjà, seule et immobile telle une statue de marbre. Les images défilaient devant ses yeux avec une étonnante précision. Son esprit était plongé dans des scènes très lointaines mais resté irrémédiablement gravé dans sa mémoire. Tout se reproduisait parfaitement comme à l'époque, des cris stridents de femmes et d'enfants émanant des bois noircis, une immense porte en bois se brisant en milles morceaux sous les frappes d'êtres contre nature; ces derniers déferlaient ensuite dans une immense pièce remplie de fleurs blanches éclatantes, des elfes hurlaient de peur tandis que ces monstres impies enfonçaient avidement leurs canines jaunâtres dans leurs pauvres victimes. Déchiquetant de leurs crocs la chair et les muscles ensanglantés des elfes dont les entrailles encore chaudes et frémissantes se répandaient sur le sol et le recouvraient d'un épais liquide rougeâtre et nauséabond que certains monstres léchaient goulument. Elle posa sa main droite sur sa bouche étouffer des hurlements d'effroi tandis qu'elle contemplait impuissante et les yeux embués de larmes le massacre de sa famille par les sbires décérébrés du Roi Liche.

"Ma douce et ténébreuse Bien-aimée, lui susurra une voix masculine qui la sortit aussitôt de ses sombres visions. Vos bateaux ont étés réunis comme ordonné, tous vos plus dévoués et fidèles serviteurs attendent vos ordres et l'artéfact a été soigneusement préparé pour le voyage en mer. Tous vos moindres souhaits ont étés exaucés... Comme vous le désiriez."

L'homme s'exprimait d'une voix douce, veloutée, comme ensorcelée, elle était emplie d'un sentiment d'amour passionné bien trop parfait pour être véritable mais cela n'avait que peu d'importance à ses yeux. Pour elle, peu de choses avaient de valeur à vrai dire mais la totale et entière dévotion de cet homme à son égard, était une des rares choses pour lesquelles elle se préoccupait du moins pour l'instant. Elle se tourna, et se dirigea vers lui avec une grâce déconcertante, même pour une elfe alors que l'homme la contemplait avec un sourire béat au visage. Elle arborait un immense sourire glacial et victorieux tandis qu'elle inspectait d'un regard lubrique et hautain l'être qui se tenait devant elle, totalement à sa merci.

"Le noble centurion sanglant, il est revenu de sa croisade, dit-elle d'une voix étrangement envoutante et enfantine en faisant de curieux gestes fluides vers le ciel avec ses mains. Il a rempli tous les travaux confiés par les gentilhommes du bosquet... et maintenant il s'est assis sur la chaise juste avant que la musique ne se soit arrêté, comme il fut prédit." Rajouta-t-elle avec un rictus de démente qui fit sourire l'elfe devant elle, ou plutôt ce qui en restait.

L'être qui se tenait face à elle n'était plus que le pâle et triste reflet déformé du fier thalassien qu'il fut auparavant. Son visage n'avait plus la parfaite beauté des elfes de Quel'Thalas, ses traits jadis fins et harmonieux avaient perdus tout ce qui faisait leurs charmes, ils étaient devenus durs et lui donnaient un aspect terrifiant amplifié par les canines acérées qui dépassaient de sa mâchoire carnassière. Sa peau était d'un rouge sang vif qui s'étalait sur tout son corps écarlate aux muscles protubérants, et deux longues cornes siégeaient sur son large front veineux, il ne restait à présent plus rien du noble maître-d'armes du Duc Serëgon, plus rien d'autre qu'une âme maudite parmi tant d'autres.

Elle se rapprocha encore plus près lui avec sa grâce surnaturelle avant de poser délicatement sa main gauche sur le visage aux traits démoniaques du maître-d'armes, dont la peau écarlate commença alors, si cela fut possible, à rougir de plus bel au contact de celle qu'il considérait comme sa Déesse. Alors avant que ce dernier, qui la fixait de ses yeux vides saturés en Gangre'magie, ne s'en aperçoive elle enfonça alors profondément et sans rencontrer aucune résistance ses ongles aiguisés comme des rasoirs dans la peau du Gangre'elfe qui se retint tant bien que mal de grimacer malgré la douleur cuisante qu'il éprouvait. Elle garda sa poigne fermement enfoncée sur le visage de son guerrier avant de retirer doucement ses griffes de sa peau meurtrie qui débutait déjà son étonnante régénération à une vitesse étonnante, elle esquissa alors un sourire enfantin, avant de porter à ses lèvres les restes de sang incrustés dans ses ongles, dont elle se délecta prestement. Puis, elle leva délicatement son visage vers le ciel enragé qu'elle fixa pendant un long moment, immobile telle une statue de marbre, tandis que ses pupilles presque indiscernables vrillaient le ciel, comme à la recherche d'un précieux trésor ingénieusement caché dans les noirs volutes célestes. La scène étrange s'arrêta finalement lorsque l'elfe démente reprit enfin conscience du monde qui l'entourait, sans s'être rendue compte cependant que plus d'une heure ne s'était écoulé durant sa recherche dans les couloirs mystérieux et innombrables du destin. Elle ne vit que le maître-d'armes, à genoux devant elle, comme si ce dernier se recueillait devant une idole sacrée.

"Mais quel magnifique et sublime destin je vois dans le miroir, répéta-t-elle avec un calme et un sérieux déroutant. Il est vrai que mon plan se déroulera au-delà de mes espoirs...
Au coucher du soleil lorsque mourra la septième radiance vermeille,
En un lieu où les ténèbres jadis exultèrent,
Une meute de lynx meurtrière élira sa tanière,
Dès lors, les preux spadassins s'enorgueilliront du sang versé,
Qui se répandant dans le lit aux reflets glacés
Annoncera la venue de l'Archange déchu.
Alors flammes et ténèbres émergeront des abimes ambrés
Et dans la plus claire des obscurités, jaillira la sublime et ultime vérité."


Une fois ses derniers vers déclarés tel un illustre poème, elle fit signe au Gangre'elfe subjugué par sa beauté de se relever. Il la regardait inlassablement, contemplait sa magnifique peau aussi blanche que la plus pure des neiges et rayonnant d'un éclat céleste à la lumière de la pleine lune. Sa longue, soyeuse et voluptueuse chevelure aussi noire que l'ébène, tombait en une subtile et abondante cascade jusqu'à ses reins et son regard, deux prunelles hypnotisantes tel un océan d'émeraude sans fond observaient le maitre-d'armes d'un air enfantin. Une fois le guerrier relevé elle lui déclara de sa voix enchanteresse.

"Mon noble Daggeran, murmura-t-elle d'une voix mélodieuse. Vous devez partir dès ce soir pour ce nouveau monde d'au-delà des brumes. Les vents du Nord qui se lèveront demain aux premières lueurs de l'aube seront favorables aux voiles des navires. Je vois des mers d'opale en fusion, figées dans un perpétuel reflux par les sombres vicissitudes las du destin, proclama-t-elle, les vagues resteront clémentes jusqu'à votre arrivée en Pandarie, une fois arrivés sur ces sombres rivages, vous devrez vous préparer à la phase suivante du plan. Ai-je été suffisamment clair ?
- Il sera fait selon vos ordres, Ô Fleur insidieuse chéri ombres, nous accosterons sur les rivages de cet antique continent grâce à votre divine bénédiction. Nous nous attèlerons sans repos à accomplir vos grands dessins, et nous pourfendrons avec une haine sans limites, quiconque aura la folie se mettre en travers de notre quête, mes lames elles-mêmes s'abreuveront dans le sang de vos ennemis démembrés, j'en fais le serment !
- Je n'en attendais pas moins, répliqua-t-elle soudainement d'un air hautain presque offensée devant le maître-d'armes déconcerté. Mais dit moi, en dépit de toutes ces magnifiques et longues tirades... Explique-moi alors pourquoi je vois dans ce noble et si vaillant esprit, une hideuse et répugnante préoccupation, qui grouille dans les limbes de sa conscience et en ternie sa si éclatante glorifiscense ? Sur ces mots, elle se blottit langoureusement dans les bras massifs de l'elfe déchu et commença à le vriller de ses prunelles émeraude. Alors dit le moi, répéta-t-elle lentement, je veux l'entendre de ta propre bouche mon cher ange, quelle est donc la chose qui habite tes pensées alors qu'elles devraient toutes m’être dédiées.
- Je vous supplie de pardonner ma misérable faiblesse, Ô vision immaculée de perfection, lui supplia le Gangre'elfe avec des intonations désespérées alors que Darla laissait vagabonder ses doigts sur son torse massif, comme totalement désintéressée de paroles de son guerrier. Je vous suis totalement et irrémédiablement dévoué corps et âme mais votre Grâce je vous supplie de me pardonner mais...
- Tu t'inquiètes de ce que ces traitres sanglants sont en train de faire, murmura-t-elle en lui coupant la parole.
- Oui... Flamboyantes ténèbres, que... qu'en est-il de no... de vos ennemis ? Seront-ils une menace pour votre grand dessin, tenteront-ils d'entraver la grandeur que vous exultez tant à mettre en place ?
- Tu n'as pas besoin de penser à ces immondes traitres à leur sang. Ils sont exactement là où je l'avais prédit depuis des semaines... isolées sur cette terre qu'ils tentent pitoyablement d'explorer, sans même se rendre compte que leur misérable mission sera avalée par le titanesque raz-de-marée de haine et de violence qui se déferlera sur eux... Non crois-moi mon cher, ils ne s'apercevront même pas de ma présence sur cette terre.
- Alors ce sera une autre de vos illustres visions qui se réalisera, ma Dame, le destin qui se tisse devant vos yeux est immuable, implacable, inaliénable. S'il fut prédit que vos ennemis ne s’apercevraient même pas de votre sublime présence alors tel il sera.
- Je n'ai nullement eu besoin de recourir à mes pouvoirs pour le deviner à vrai dire... c'est pourtant si évident, ricana-t-elle.
- Ma Déesse ?" demanda-t-il alors qu'elle se libérait de l'étreinte brulante de passion de son guerrier pour se rapprocher de plus en plus près du rebord de la falaise.

Les gigantesques vagues se fracassaient sur la roche abrupte de l'immense falaise d'où se trouvaient les deux elfes, les fonds marins au-dessous d'eux ne laissaient paraître que d'épaisses masses d'algues verdâtres, dansant au gré des flots gris telle l'argent. Une mort certaine attendrait quiconque aurait eu la folie de sauter vers les profondeurs de l'océan sans fin déchainé. Contre toute attente, ce spectacle fit décrocher à la démente le même sourire qu'aurait eu une enfant devant un spectacle enchanteur, mais c'est d'une voix presque inhumaine saturée par une haine à peine contenue qu'elle s'adressa à son serviteur.

"L'homme est un être cruel de nature, il cherchera toujours à trahir et à profiter des siens pour son propre profit. Ces êtres sont ingrats, changeants, simulateurs et dissimulateurs, ils sont lâches devant le danger, cupides devant le gain. Lorsque tu contribues à leur bien, ils sont tout à toi, ils t’offrent leur sang, ce qu’ils possèdent mais uniquement lorsque le danger est loin. Mais lorsqu’il se rapproche, ils font volte-face et montrent enfin au grand jour toute la noirceur qu'ils avaient si brillamment dissimulée... si ... brillamment dissimulée.
- Ma Bien-Aim...
- Vois-tu maintenant pourquoi je suis certaine qu'ils ne remarqueront même pas ma présence sur cette misérable terre? Ils seront bien trop absorbés à répandre la mort sur ce continent sous le prétexte de cette guerre dérisoire qui comble tant leurs bas instincts, car c'est la seule chose qu'ils savent faire.
- Oui ma Bien-Aimée, il ne sera désormais nul futilité qui embrumera mon esprit qui vous est passionnément et irrévocablement dévoué.
- J'y veillerais mon cher centurion, j'y veillerais... Maintenant faites signe à mes navires de commencer à larguer les amarres et de lever leurs voiles, vous avez perdu suffisamment de temps."

Le Gangre'elfe s'inclina alors élégamment devant sa Bien-Aiméee tandis qu'au même instant, au loin, un énorme son sourd ressemblant au bruit d'une gigantesque porte que l'on ouvrait se fit entendre. Une fois le vacarme stoppé, et sous la froide clarté de la pleine lune qui trônait haut dans le ciel nocturne, Darla fixa de ses yeux d'émeraude deux immenses bateaux thalassiens aux voiles noires ébène, tous deux marquées d'un majestueux phénix rouge écarlate à deux têtes. Les navires étaient apparus depuis une étrange crique taillée à même la roche dans une curieuse falaise bleutée faisant face aux deux elfes, ces derniers apercevaient de leur visions perçantes de minuscules silhouettes d'hommes à bord des vaisseaux qu'ils préparaient pour le grand voyage qui les mèneraient vers une terre depuis longtemps oubliée.

"Au coucher du soleil lorsque mourra la septième radiance vermeille, répéta-t-elle de sa voix envoutante en observant les navires se regrouper devant la sortie de la baie qui menait à l'océan infini. Une fois arrivés sur cette terre où exulte la magie noire vous passerez à la seconde phase du plan.
- Oui, enivrant éclat de l'au-delà, votre implacable volonté sera faite. Comme il fut prédit nous voguerons vers cet antique continent pour y semer les graines infernales de votre grand dessin, tel il fut prédit et tel il sera."

Sur ces derniers mots, le Gangre'elfe s'inclina de nouveau devant sa déesse bien-aimée, avant de se ruer prestement vers le précipice où il se jeta à corps perdu vers les abysses marins. Tombant en chute libre, il se rapprochait à une vitesse alarmante des eaux déchainées qui allaient inévitablement le dévorer, ce fut alors qu'au tout dernier moment, qu'il déploya dans l’obscurité de la nuit ses deux immenses ailes d'un noir corbeau et prit avec aisance, son envol en direction du plus imposant des deux navires qui patientaient à la sortie de la crique. Que la volonté de la bien-aimée soit faite, murmura-t-il.
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