[Un gros pavé pour la fin de l'acte I. Je tiens néanmoins à poser un petit avertissement. La dernière partie de ce récit est relativement dure sur le plan émotionnelle et fait appel à des événements particulièrement pénibles de la vie de Sérindë, pour tout vous dire je me suis même auto-censuré car la version originale me paraissait limite insoutenable. Du coup j'ai changé l'approche mais cela peut rester une scène difficile pour les âmes sensibles, donc pour public averti.]
Acte I : partie 3 Aujourd’hui c’était Sérindë qui se retrouvait sur le siège du témoin. La jeune femme avait attendu ce moment avec autant d’impatience que d’appréhension. Elle allait enfin pouvoir s’exprimer mais Sunkeeper était une adversaire redoutable et la procureur avait certainement quelques tours pendables dans son sac…
La généralissime avait beaucoup travaillé son apparence et sa tenue pour ce moment, espérant afficher un peu de la dignité qu’elle avait plusieurs mois auparavant, de cacher la femme épuisée, aigrie, lasse et brisée qu’elle était. Elle avait revêtu sa tenue d’apparat, un coiffeur talentueux s’était occupé de sa chevelure rousse éclatante, un maquillage savamment dosé dissimulait ses cernes et redonnait son teint de lys à sa peau. Sérindë connaissait très bien la valeur des apparences dans la société thalassienne et savait en user.
Mais l’atour qui attira bien des regards était l’épée qu’elle portait au côté, un des rares droits de noblesse qu’on ne lui avait pas contestés. Highsworn, la lame de celle qui lui avait tout appris, Dame Eldalòte. Arme perdue, maudite, reforgée sous le nom d’Highstranded comme lame runique pour accueillir l’âme de la défunte paladin et faire d’elle une deathknight. Bien que depuis qu’elle fut retrouvée et purifiée par Synwyn, elle baigna désormais dans une aura bénie elle conservait encore son apparence d’arme maudite. Sérindë savait que cela amènerait des questions… en fait, c’est bien ce qu’elle espérait.
- Sérindë Calaheraë, vous êtes paladin, anciennement membre du conseil dirigeant les célèbres Fils de Quel’thalas et la sœur de l’accusée ici présente, commença l’avocat de la défense. Je crois savoir que vous êtes aussi ce que l’on appelait une anardil. Pourriez-vous nous rappeler de quoi il s’agit ?
Bien entendu, ceci n’était pas un secret, néanmoins la défense comptait bien enfoncer le clou sur cet élément.
- Les anardils étaient une caste de prêtres chargés de veiller sur le Puits de Soleil avant la destruction de nos terres par le Roi Liche. J’ai été initiée par la Grande Prêtresse Anariel Calaquendi quelques mois avant la restauration du Puits.
- Une initiation difficile ne pouvant se solder que par la mort sans le secours de la Lumière.
- C’est exact.
- Vous êtes pratiquement une élue.
- Je n’aurais pas la prétention de me prétendre plus touchée que tout autre paladin ou prêtre. La Lumière m’a juste donnée une responsabilité supplémentaire. Cela ne fait en rien de moi un individu plus puissant ou plus méritant qu’un autre, uniquement que le Soleil me juge capable de cette tâche.
Par cet échange, la défense expliquait aussi les yeux bleus de Sérindë, des yeux qui auraient pu provoquer l’hostilité dans une ère de tensions terribles vis-à-vis des Quel’dorei. Le calme et l’assurance qu’elle affichait tranchaient particulièrement avec l’attitude qu’elle avait depuis quelques temps.
- Parlez-nous de votre sœur, s’il vous plaît.
- Firiel, aussi loin que je la connaisse, à toujours été juste, honorable et animée d’une profonde dévotion envers la Lumière et son peuple. Toute sa vie, elle est partie loin de sa maison, des siens, de la sécurité confortable du Quel’thalas, pour combattre dans les guerres les plus terribles. Elle a combattu à Hyjal, elle a négocié avec Jaïna Proudmoore pour organiser une expédition vers les Royaumes du Nord alors que tout le monde pensait que ce n’était que folie, qu’il n’y avait plus que des ruines. Ici, ses Vétérans et elle ont participé sans répits à la défense et à la reconquête de nos terres, ils ont formé des brigades entières de bleus, sans attendre ni promotion, ni gloire, uniquement par solidarité envers les leurs. Puis ils ont suivi Kael’thas du temps où il était encore un héros… jusqu’à ce jour où ils permirent une percée majeure sur Quel’danas en se retournant contre lui au bon moment. Ils participèrent à la guerre dans les maleterres, défendirent Orgrimar aux côtés de la Horde, participèrent aux débarquements de Northrend, perdirent nombre de braves guerriers à Angrathar… Tout ce temps, ma sœur les dirigea.
- De vrais héros, estima l’avocat.
- Monsieur le Juge !
La procureur était outrée par cette dernière remarque, le juge fit un signe d’assentiment.
- La défense se passera de ce genre de jugements de valeur.
- Veuillez me pardonner monsieur le juge… Dites-moi généralissime Calaheraë… Combien de brigades dans l’armée actuelle de Lunargent peuvent nous présenter un parcours aussi… bien rempli ?
- Aucune.
- Bien, j’ai terminé monsieur le Juge.
Sérindë eut du mal à ne pas écarquiller les yeux. Pourquoi l’avocat s’arrêtait-il maintenant ? Qu’est-ce qui lui prenait ? Un des aspects les plus importants de la défense n’avait pas été abordé !
- Sérindë Calaheraë… commença aussitôt Selune qui affichait comme souvent un grand sourire. Vous êtes la seconde sœur de la famille Calaheraë et sensiblement plus jeune qu’elle.
- En effet.
- Vous ne l’avez donc pas accompagnée dans toutes ces aventures…
- Non.
- Racontez-nous alors, quand avez-vous partagé la vie remarquable des Vétérans d’Hyjal ?
- Lors de leur retour à Lunargent, jusqu’à la fuite vers l’Outreterre à Dalaran. Plus récemment nous avons travaillé souvent ensemble en Northrend.
- Oh… vous voulez donc dire que toute cette incroyable histoire que vous nous contez est principalement issue… de leur propre témoignage ainsi que de celui de l’accusée ? persifla la procureur.
Cela commençait bien mal. Sunkeeper ne semblait même pas avoir de difficulté à démonter le témoignage.
- Il y a bien des témoins pour corroborer ces versions des faits.
- Des Humains, des Kal’dorei, des Quel’dorei, des Sunfury ?
- Et des Orcs, des Taurens…
- Mais bien peu de Sin’dorei… se désola Sunkeeper en secouant la tête.
- Vous savez que ceci est faux. Vous voulez que nous fassions tourner une pétition de soutien aux Vétérans dans tout le Quel’thalas pour voir combien de Sin’dorei ont pu constater leur rôle ? C’est un jeu auquel vous perdriez, grogna Sérindë.
- Il n’y a pas si longtemps, nous aurions pu faire tourner la même pétition à propos du Prince Kael’thas et il aurait été pleinement soutenu par une majorité. Ce n’est pas l’opinion publique qui fait la justice mais bien les lois et les preuves.
Dawngold tapota sur son bureau d’un air las en toisant du regard les deux femmes.
- C’est un procès ici, pas une foire d’empoigne. Merci de nous épargner ce genre de petites joutes verbales pour revenir à notre affaire.
Selune inclina la tête en signe d’excuse. Elle fit quelques pas en mettant les mains dans le dos, semblant en pleine réflexion, avant de reprendre en feignant un air désolé.
- Angratar fut un choc terrible pour la Horde et l’Alliance. Je crois savoir que les Vétérans ont énormément souffert aussi là bas. On parle de la mort de 50% de leurs effectifs… Plus de frères d’arme perdus en quelques instants qu’ils n’en perdirent en plusieurs années.
- Les Vétérans ont sacrifié énormément là bas, oui.
- Tout cela à cause d’une trahison au sein de nos propres rangs… Firiel Calaheraë était opposée à cet assaut tout comme elle était méfiante vis-à-vis des apothicaires, n’est-ce pas ? Je crois même qu’elle a déclaré qu’attaquer Angratar maintenant serait une « erreur stratégique digne d’un écuyer débile léger ».
- Ce sont ses mots… et l’avenir lui a donné raison.
- Se pourrait-il alors qu’elle ait jugé qu’elle était bien plus compétente de que tous les généraux de la Horde et ait alors décidé qu’elle n’avait aucun compte à rendre ? Ce serait tentant lorsqu’une bataille à laquelle on était farouchement opposé s’avère être le cimetière de la moitié des hommes que l’ont commande depuis si longtemps.
- Firiel est pleinement dévouée à son peuple… c’est tout ce que je peux dire. J’étais aussi présente, je sais en partie ce qu’elle a pu ressentir, mais je ne suis pas elle.
Selune fit mine de réfléchir à nouveau, puis commença à se diriger vers son siège. Sérindë fulminait intérieurement. Bien entendu, la procureur ne ferait pas l’erreur grossière d’aborder Highsworn, la perche était trop grosse. Pourquoi donc l’avocat de la défense n’avait-il pas lui-même soulevé la question ? La rousse était désormais pratiquement sûre qu’il était tout autant acquis à l’accusation que le juge.
- Si vous nous parliez de votre arme… originale pour un paladin ?
Sérindë réprima un sursaut devant cet événement absolument improbable. Pourquoi la procureur prenait-elle le risque de s’aventurer sur son terrain ? Quoi qu’il en soit, c’était là l’occasion ou jamais de redresser la barre. Sérindë conta donc le passé d’Highsworn.
- Dame Eldalòte, célèbre pour son implication dans les guerres trolls ainsi que dans les deux premières guerres contre la Horde… Ce devait être un grand honneur pour vous d’être son écuyère, constata Selune à la lumière de cette histoire.
- Oui. Mes parents ont vécu bien des aventures avec elle dans leur jeunesse.
- Et ainsi donc vous aviez perdu cette arme qu’elle vous avait léguée.
- Oui, à Dalaran… la situation était un peu chaotique. Je ne l’ai retrouvé que bien des années plus tard, en Northrend, là où son corps avait été emmené pour faire d’elle une deathknight.
- Comment cela a-t-il pu arriver… Vous l’aviez enterrée vous-même… N’avez-vous donc pas fait le nécessaire pour la protéger de ce genre de destinée ?
- J’étais seulement une écuyère procureur. J’ai commis des erreurs lors de l’accomplissement du rituel, soupira tristement Sérindë.
- Et donc cette épée a été reforgée pour devenir une lame runique… Pourquoi elle en particulier ?
La jeune généralissime comprenait de moins en moins l’intérêt de la procureur pour cette histoire, qu’est-ce qu’elle préparait cette fois ?
- Tout ceci avait été commandité par un San’lyan que nous avons découvert avoir été l’amant de Dame Eldalòte de son vivant. Il était toujours animé de sentiments pour elle et souhaitait la ramener pour ‘vivre’ auprès d’elle. Nous avons pu le vaincre, l’enterrer lui et Eldalòte selon les rituels et purifier la lame qui ne demande désormais plus qu’à être reforgée.
- C’est une très belle histoire Miss Calaheraë… si vous nous expliquiez en quoi elle est reliée à notre affaire maintenant ?
Sunkeeper croisa les bras, son ton sonnait comme un ‘pourquoi as-tu ramenée cette épée ici ?’ Etait-ce donc uniquement cela ? Selune aurait prit ce risque uniquement pas curiosité ? Peut-être bien… elle était consciente que pour l’instant elle dominait entièrement ce procès, elle pouvait se permettre de jouer.
- Firiel et les Vétérans ont eut un rôle prépondérant dans cette histoire. Sans eux, nous n’aurions pu pénétrer dans le repère du San’lyan… ni découvrir que celui-ci ne servait pas le Roi Liche mais une autre puissance. Une puissance qui semble dangereuse et capable de faire appelle aux mêmes pouvoirs que le Fléau… Puissance sur laquelle nous n’avons malheureusement pas pu continuer notre enquête à cause de ce procès.
- Qu’essayez-vous de nous dire Miss Calaheraë ?
- Que les Vétérans nous ont permis à mes hommes et moi de vaincre un dangereux san’lyan, de sauver l’âme d’une paladin et d’éviter que celle-ci ne devienne une redoutable deathknight et de découvrir la présence d’une puissance alors inconnue en Northrend… et que si vous les laissiez agir, ils nous en débarrasseraient probablement.
Le juge fit une moue désapprobatrice, clairement dérangé par ce propos… quant à Sunkeeper elle feignit la surprise doublée d’hilarité.
- Vous ne manquez vraiment pas de souffle pour venir accuser ce tribunal d’empêcher vos amis traitres d’œuvrer à leur guise.
Sérindë ne se démonta pas, la fixant de son regard bleu. Elle était consciente que c’était une attaque un peu osée mais passer à l’offensive lui semblait être le dernier recours pour ce procès.
- Quelle est votre question procureur Sunkeeper ?
- Pensez-vous que les Vétérans d’Hyjal et votre sœur sont au-dessus des lois car ils ont accompli quelques exploits ?
- Ils n’ont pas accompli ‘quelques exploits’. Ils sont des héros.
- Excusez-moi, je reformule : pensez-vous que le fait d’avoir accompli de grands exploits héroïques par le passé autorise les Vétérans d’Hyjal à déserter, trahir et massacrer les soldats de Lunargent envoyés leur demander de se constituer prisonniers ? répliqua Selune sur un ton particulièrement dur cette fois-ci.
- Ce que je pense, c’est que des héros ne commettent pas les actes dont vous accusez les Vétérans et les Vétérans sont des héros ! s’exclama Sérindë en tapant du poing.
- Le témoin calmera ses ardeurs, gronda Dawngold avec un regard réprobateur.
Sérindë soupira et régula son souffle. C’était terminé, que pourrait bien ajouté Sunkeeper ? Ce n’était pas la pleine victoire espérée mais ce n’était pas non plus un échec.
- Parlons de certitudes Miss Calaheraë… Parlez-nous de ce que les héros font ou ne font pas… Parlez-nous de la fois où vous avez visité votre sœur en Outreterre, peu de temps après la réouverture du portail…
Stupeur. Sérindë tourna les yeux vers Selune, que pouvait-elle bien savoir de cette visite ? Qu’est-ce que cela pouvait bien signifier ? Elle sentit une boule au fond de son estomac…
- Il… n’y a pas grand-chose à dire… J’ai tenté de lui faire part de mes doutes quant à Kael’thas et l’Outreterre mais elle n’a pas voulu me croire… C’est compréhensible, cela faisait des années qu’elle suivait le Prince Déchu, n’importe qui aurait eut du mal à admettre ce qu’il était devenu… Tout le monde a eut du mal à l’admettre.
- Oh mais… je crois qu’il y a bien plus à dire sur cet épisode de votre vie, insista la procureur.
La jeune Elfe perdit alors toute assurance, toute stabilité. Elle ne pouvait pas être au courant… Elle ne pouvait pas faire quelque chose d’aussi bas…
- Non… Rien…
- Pourtant je crois savoir que vous avez été capturée par des Sunfury informés de vos opinions politiques… qu’ils vous ont soumise à de nombreux sévices…
Sérindë sentit ses mains trembler, son visage se démonter.
- Comment pouvez-vous savoir cela… ?
- Dawngold ! Vous devez mettre fin à ça ! Ce n’est pas un témoignage, on cherche uniquement à tourmenter ma sœur !
Firiel venait de sortir de son apathie pour hurler avec véhémence vers le juge absolument ulcéré par cette intervention.
- Accusée ! Asseyez-vous immédiatement, vous n’avez pas le droit à la parole !
- Je prends ce droit ! Vu que mon abruti d’avocat est incapable de défendre ma sœur, quelqu’un doit le faire !
- Monsieur le Juge, l’accusée cherche juste à se protéger car elle sait que ce témoignage va fortement ébranler sa crédibilité, expliqua tout à fait calmement la procureur.
- Accusée, vous allez vous assoir ou je vous fais jeter en geôle avant la fin de cette séance et procureur posez cette question qu’on en finisse !
Sunkeeper confronta Sérindë du regard. La rousse savait ce qui allait suivre… Comment la procureur pouvait-elle savoir ? Par tout ce qui était bon et lumineux, comment était-ce possible ?
- Sunkeeper ! Ne faites pas ça…
Les mots qui sortirent de la bouche de Firiel sonnèrent comme une supplique que le juge n’eut pas le cœur de réprimander… à tel point que même Selune sembla ébranlée. Elle demeura silencieuse un moment, les yeux fixés sur ceux de la jeune femme qui attendait le moment fatidique, résignée faute de mieux…
- Sérindë Calaheraë, est-il vrai que vous avez été…
L’inexorable procureur ne termina pas sa phrase et devint silencieuse provocant l’incompréhension dans l’assistance. Une lueur d’espoir naquit en Sérindë alors qu’elle cru distinguer un éclat de compassion dans le regard de celle qui ne reculait devant rien.
- Est-il vrai que vous avez été… soumise à la question ?
Elle ne l’avait pas dit… Elle savait, elle voulait le dire, elle avait probablement basée toute son attaque et la chute de ce témoignage sur la violence de cette révélation mais elle ne l’avait pas dit… La rousse avait envie de la remercier, un sentiment tellement paradoxal.
- Je refuse de répondre…
- Est-il vrai que cet acte a été perpétré par un arcaniste répondant au nom de Whisper et s’avérant être depuis longtemps l’amant de votre sœur ?
- Je refuse de répondre…
- Est-il vrai que votre sœur, l’apprenant, ne fit rien pour vous venger et continua même à entretenir une relation amoureuse avec votre bourreau ?! martela Sunkeeper qui retournait dans son rôle de procureur impitoyable.
- Procureur Sunkeeper… averti le juge mais Sérindë répondit quand même…
- Elle… elle ne voulait pas le croire… ! Ce n’était pas sa faute ! Elle m’avait toujours connue menteuse et manipulatrice ! Elle ne pouvait pas savoir que j’avais changé !
- Dites-moi Sérindë, est-ce qu’une grande sœur, qui plus est une grande soeur ‘juste, honorable et animée d’une profonde dévotion envers la Lumière et son peuple’, ferait une chose pareille ? Est-ce que la sœur que vous croyiez connaître ferait une chose pareille ? Par le Soleil ! Mais non elle ne le ferait pas ! Jamais cela ne pourrait arriver !
- Procureur Sunkeeper ! s’exclama le juge. Ca suffit !
- …Et pourtant c’est arrivé… conclut la procureur en retournant à sa place.
Sérindë avait les yeux fermés et ne parlait plus. L’épreuve avait été pénible, très pénible. Bien que Sunkeeper n’ait pas été au bout, la jeune femme ne pouvait que repenser à ces souvenirs horribles qui avaient failli être étalés aux yeux de tous.
Firiel avait les poings serrés… La rage se lisait sur son visage mais elle ne commit pas l’irréparable et se contrôla… Sans le savoir, ou peut-être l’avait-elle compris, la procureur s’était épargnée de violentes représailles. La commandante des Vétérans était encore abasourdie d’avoir entendu l’accusation se restreindre… mais pas assez pour oublier la priorité du moment.
- Monsieur le Juge, je voudrais changer d’avocat, demanda-t-elle avec une politesse surprenante.
- Accordé, vous avez quatre jours. La séance est levée, proclama Dawngold qui semblait tout aussi mal à l’aise. Procureur Sunkeeper, j’aimerais vous parler.
Alors que Sérindë rejoignait sa sœur pour partager une courte embrassade avant de la voir emmenée par les gardes et que la foule se dispersait, seules les oreilles les plus attentives purent entendre l’échange entre le juge et le procureur.
- Je sais où vous avez failli aller Selune, et je ne suis pas le seul à l’avoir compris. Je ne veux pas de ça dans mon tribunal. Si d’autres de vos angles d’attaques demandent de frapper aussi durement la dignité des témoins, j’exige que vous en changiez.
- C’était le seul.
- Bien… merci d’y avoir renoncé… ou tout du moins de l’avoir adoucit.
Sunkeeper inclina la tête et se retira. Elle avait encore gagné cette manche mais elle ne souriait pas cette fois. Se pouvait-il que cette femme ressente quelques remords ? se demanda Sérindë alors que l’avocat se présentait piteusement. Il semblait soulagé d’être libéré de son rôle.
- Je… suis vraiment désolé…
- Ce n’est pas grave… je sais bien qu’ils ne vous ont pas laissé le choix… le pardonna la paladin d’un ton compréhensif.
- Merci… et remercier votre sœur… de m’avoir sorti de là…
Le jeune Elfe s’en fut… Sérindë ne lui en voulait même pas, il était aussi une victime, un anonyme qui deviendrait célèbre pour avoir tenu un rôle qu’il n’avait jamais voulu tenir, écrasé par la pression et à qui on avait même interdit de faire de son mieux.
Elle sentit alors les bras de sa tendre Synwyn l’enlacer, une chaleur dont elle avait bien besoin en ce moment.
- Ca va aller Sérin… le pire est passé… lui chuchota gentiment Syny.
- Peut-être pour moi… mais tout est aussi devenu plus compliqué.
- Comment ça ?
- J’ai vu de l’humanité chez mon ennemi…
« C’est perdre de sa force que compatir » - Friedrich Nietzsche